Elections municipales du 17 mai 2020 : Pour une affaire de 10%...

Politique

La Commission électorale national autonome a proclamé les résultats définitifs des élections municipales du 17 mai 2020 au Bénin. Il apparaît au regard de ces résultats une participation de 49,14%, que l’Union Progressiste, l’un des deux partis proches du pouvoir exécutif est arrivée en tête de ces élections, en remportant 39,97% des sièges, suivi du second parti proche du pouvoir, le Bloc Républicain, 37,38%. Les Forces Cauris pour un Bénin Emergent, ont été la sensation de cette consultation avec un score de 14,98%.

Ils étaient cinq sur la ligne de départ, mais à l’arrivée, que trois partis politiques ont été invités pour la répartition des 1815 sièges sur l’ensemble des 77 communes. Pour un score avoisinant les 40%, l’Union Progressiste a pu conquérir 820 sièges, le Bloc Républicain 735 sièges et Force Cauris pour un Bénin Emergent 260 sièges. Le Parti du Renouveau Démocratique et l’Union pour Développement d’un Bénin Nouveau, ayant obtenu respectivement 5,49% et 2,17% ont été disqualifiés parce que n’ayant pas obtenu les fameux 10% au plan national, ne pouvaient prétendre au partage des sièges au plan local. Une disqualification très amère pour le PRD de Me Adrien Houngbédji qui non seulement n’a pu prendre part aux dernières législatives, se retrouve au lendemain des municipales sans mairies encore moins sans Conseillers municipaux. Il ressort de ces élections que toutes les grandes villes du Bénin sont désormais aux mains du duo UP-BR. L’UP a décroché 35 Communes sur les 77, FCBE, 18 communes et le Bloc Républicain 24 communes. Si Cotonou et Porto-Novo, deux villes à statut particuliers sont aux mains de la mouvance présidentielle, la troisième ville à statut particulier, Parakou, est tombée aux mains des FCBE. Un choix très retentissant qui n’est pas passé inaperçu, Parakou, pourtant dirigée par un proche du Chef de l’Etat, en l’occurrence Charles Toko.  In fine, ces résultats donnent le ton de la prochaine Présidentielle, où, avec les amendements constitutionnels intervenus dans la Loi N°2019-40 portant révision de la loi N° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution en République du Bénin, il serait plutôt question des parrainages des maires et des députés pour se faire valider candidat. Déjà que le Parlement n’est qu’aux couleurs de l’UP et du BR, désormais les 77 communes sont encore dominées par ces mêmes entités politiques.  

Les adieux du PRD ?

Le Parti du Renouveau Démocratique va-t-il finir par se fondre dans les blocs ? Bien malin qui pourrait répondre à cette équation à plusieurs inconnues. A la faveur de l’exigence des 10% de représentativité nationale pour obtenir des responsabilités locales, le PRD de Me Adrien Houngbédji a fini par perdre son seul et vrai bastion politique, Porto-Novo. Une citadelle acquise aux lendemains de la Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990. Pour la première fois de l’histoire démocratique du Bénin, le Parti du Renouveau Démocratique  se retrouve sans commune sur les 77 que compte le Bénin, encore moins un seul conseiller municipal sur les 1815, à cause de cette exigence de 10%. Très tôt les Réseaux sociaux se sont emparés des discussions avec à l’appui un arrêt de la Cour Suprême de février 2020, qui selon la requête formulée par l’Association Nationale des Commune du Bénin, cette disposition de la loi électorale en son article 184, alinéa 1 : « seules les listes ayant recueilli 10% des suffrages valablement exprimés au plan national sont éligibles à l’attribution des sièges », ne saurait s’appliquer aux collectivités locales compte tenu du caractère de proximité de cette élection. Il a fallu une sortie médiatique du Professeur Ibrahim Salami, professeur de Droit Public et spécialiste du Droit Administratif, dans un média de la place, pour repréciser l’arrêt de la Chambre Administrative de la Cour Suprême, qui spécifie plutôt, les modalités de définition du seuil des 10%. Pour lui : « Ce que la Cour Suprême a dit, est qu’il faut d’abord tenir compte de tous les partis politiques pour savoir les suffrages exprimés sur le plan national et c’est dedans qu’il faut détermines les 10% ». Mieux, il a expliqué la graduation du respect des 10% en disant : « Le critère de 10% au niveau national est retenu. Le critère de 10% au niveau de l’arrondissement est retenu. Le critère de 40% pour la majorité au niveau de l’arrondissement est retenu. Donc les articles 184 et 186 du Code électoral, doivent être lus de façon combinée ».  Sed lex dura lex, dira-t-on.

L’agenda du Président de la République Patrice Talon, se déroule à merveilles, lui qui a fait de la réforme du système partisan, la cheville ouvrière d’une nouvelle classe politique au Bénin. Mais avec la nouvelle configuration politique qui est entièrement acquise à sa solde, devrait-on parler très prochainement d’une élection présidentielle ou d’un plébiscite présidentiel en 2021 pour quelqu’un qui voulait faire juste un seul mandat ?  Nous sommes encore bien loin de 2021.

Ghyslain-Euloge NANGA